ACTE I, SCENE 3

 

Jeanne est assise dans un fauteuil de son salon.Elle téléphone. On entend la voix lointaine de son interlocutrice qui lui répond.

 

JEANNE

Bonsoir Elisabeth, je t'appelle parce que j'ai besoin de vider mon sac. Je n'en peux plus !

 

L'AMIE AU TELEPHONE

Allons bon, que t'arrive-t-il ? Les enfants qui te font tourner en bourrique ?

 

JEANNE

Si c'était juste cela !

Non, c'est la maîtresse de Sophie.

Elle l'a véritablement prise en grippe. Elle a été incapable de l'accueillir dans sa classe, estimant qu'en CM2 les enfants doivent être autonomes et qu'elle n'a pas le temps de leur expliquer ; elle surcharge Sophie de travail ; elle veut me voir vendredi soir...j'ai l'impression d'être convoquée au tribunal. En interrogeant Sophie, je me suis aperçue qu'elle s'était permis de faire des remarques sur le fait que, jusque là, elle était scolarisée à la maison, et elle lui a dit que, dans ces conditions, elle ne donnerait pas son aval pour un passage en 6è. La petite est à la fois morte de peur et découragée par cette institutrice.D'autant plus qu'elle se permet de prendre les autres élèves à témoin contre Sophie. Comment veux tu qu'elle se fasse des amies dans ces conditions ?

Je ne sais pas quoi faire. Je suis terriblement en colère.

Hier elle l'a grondée devant toute la classe parce que, paraît-il ses affaires étaient en désordre, mais la pauvre gamine n'a fait que mettre ce dont elle ne savait pas quoi faire dans une chemise. M'est avis que si elle était vraiment si désordonnée, c'est des boules de papier que l'on retrouverait au fond de son cartable. Elle a été incapable de prendre 20 minutes à son arrivée pour lui expliquer l'organisation de la classe, mais elle peut bien en prendre autant pour la semoncer devant la classe entière. Ce midi, à la sortie d'école, j'ai entendu ses camarades se moquer ouvertement d'elle, et elle s'est à nouveau fait gronder parce qu'ayant raté un exercice de math, elle prenait des notes pendant la correction. La maîtresse lui a reproché de ne pas écouter.

 

L'AMIE AU TELEPHONE

Écoute, d'abord, il faut que tu essaies de te calmer et de prendre du recul. Je te connais va, si tu vas dans cet état à ce rendez-vous, tu vas t'énerver et ça va mal se passer.

Je comprends ta colère, c'est incroyable de faire ce métier de cette façon et de traiter ainsi une élève.

Essaie donc d'y aller avec Paul. Les hommes sont plus froids et plus réservés, mais ils mâchent aussi moins leur mots,  ça pourrait cadrer la maîtresse.

 

JEANNE

Tu as raison, il faut que cet entretien se passe calmement.

Paul m'a dit qu'il se libérerait pour y être...  D'ici là, j'ai bien envie de garder Sophie à la maison. Elle pourrait avoir attrapé la grippe après tout. Ce matin, déjà, elle avait mal à la tête.

 

L'AMIE AU TELEPHONE

Oui, prétexte une grippe. Si la maîtresse ne peut réellement pas la supporter, ça permettra de faire retomber l'animosité. Et mettez vraiment toutes les chances de votre côté pour cet entretien. Il faut absolument que vous arriviez à vous entendre et à comprendre ce qui se passe. C'est pour Sophie, que je dis ça. Pauvre bichette, ce ne doit pas être drôle pour elle !

 

JEANNE

Oui, je pense que je vais mettre toutes les chances de notre côté, j'ai une petite idée qui me vient. Ce pourrait même être amusant et cela va distraire Sophie de ses malheurs...

 

L'AMIE AU TELEPHONE

Attention, toi ! Ne te moque pas de l'institutrice !

 

JEANNE

Non, non, sois sans crainte, je ne ferai rien d'irrévérencieux ou de mauvais goût, c'est même tout le contraire...

 

L'AMIE AU TELEPHONE

Tu me raconteras ? En attendant, tu peux compter sur mes prières, et embrasse Sophie bien fort de ma part.

 

JEANNE

Promis je te tiens au courant. Merci pour tes prières. Je transmets à Sophie. A bientôt !

 

Jeanne raccroche le sourire aux lèvres et quitte la pièce en chantonnant